CHAPITRE V

Au domicile de Ray, j’attends dans la voiture tandis qu’il va voir si son père est rentré ou s’il a laissé un message. Évidemment, je ne suis pas étonnée de voir le garçon revenir deux minutes plus tard, la mine défaite. Le froid l’a dégrisé, et il est inquiet. Il grimpe dans la voiture et tourne la clé de contact.

— Tu ne l’as pas trouvé ? je demande.

— Non. Mais j’ai la clé de l’immeuble. On n’aura pas à enfoncer la porte.

— J’aime mieux ça !

Je me proposais simplement, après avoir dit à Ray d’épier les alentours, de briser le verrou.

Nous rouions vers l’immeuble où j’étais il y a à peine quarante-huit heures. C’est encore une nuit froide. Au fil des ans, j’ai été attirée vers les climats plus chauds, comme mes Indes natales. Pourquoi ai-je choisi de venir dans l’Oregon, je ne sais pas trop. Je jette un coup d’œil vers Ray et je me demande si cela a quelque chose à voir avec lui. Naturellement, je n’y crois pas parce que je ne crois pas au destin, encore moins aux miracles. Je ne crois pas que Krishna était Dieu. Ou s’il était Dieu – la chose est possible, c’est seulement que je n’en suis pas absolument sûre –, alors je ne crois pas qu’il ait su ce qu’il faisait quand il a créé l’univers. Tel est le mépris que j’éprouve à l’endroit de la divinité à l’œil de lotus.

Pourtant, après toutes ces années, je n’ai jamais été capable de cesser de penser à lui.

Krishna. Krishna. Krishna.

Même son nom me hante.

Ray nous fait entrer dans l’immeuble. Nous nous trouvons bientôt devant la porte du bureau de M. Michael Riley. Ray cherche parmi les autres clés, met la main sur la bonne. Nous entrons. Les lumières sont éteintes. Il pourrait ne pas les allumer que je saurais encore trouver mon chemin dans les lieux. Toujours est-il qu’il les allume, puis se dirige tout droit vers le bureau de son père. Il s’assoit devant l’ordinateur pendant que je me tiens à l’écart sur un côté de la pièce, l’examine le plancher. Les gouttes de sang se sont infiltrées et ont séché dans les fissures entre les carreaux. Elles ne sont pas visibles à un œil de mortel, mais il est certain que la police les décèlera s’ils passent la pièce au peigne fin. Je décide donc, quoi qu’il arrive, de revenir nettoyer le bureau plus à fond. Ray démarre l’ordinateur et se dépêche d’entrer le mot de passe, pensant me le cacher. Mais je l’ai : RAYGUN.

— Peux-tu regarder dans les dernières données qu’il a entrées ? je demande.

— C’est exactement ce que je fais, répond-il. (Jetant un coup d’œil vers moi, il ajoute :) Les ordinateurs, tu connais ça, n’est-ce pas ?

— Oui.

Je me rapproche pour voir l’écran où s’affiche un menu. Avec la souris, Ray sélectionne un truc dénommé Pathlist. Une liste de fichiers apparaît.

Ils sont datés ; il y a aussi le nombre d’octets qu’ils occupent sur le disque dur. Un encadré rectangulaire souligne le premier fichier.

ALISA PERNE.

Ray montre l’écran du doigt.

— Il doit travailler avec cette personne. Ou alors il enquête sur elle. (Il avance le doigt vers la touche Enter.) Voyons qui est cette femme.

— Attends, dis-je en mettant la main sur son épaule. Tu as entendu ?

— Entendu quoi ?

— Ce bruit.

— Je n’entends rien.

— J’ai l’ouïe fine. J’ai entendu quelqu’un à l’extérieur de l’immeuble.

Ray s’interrompt et écoute.

— C’était peut-être un animal.

— Là, encore une fois. Tu as entendu ?

— Non.

Je prends un air quelque peu angoissé.

— Ray. S’il te plaît, pourrais-tu regarder s’il y a quelqu’un ?

Après un instant de réflexion, il répond :

— Bien sûr. Pas de problème. Reste ici. Enferme-toi. Je t’appellerai quand je reviendrai.

Il va pour se lever… mais ferme les fichiers avant de partir, quoiqu’il laisse l’ordinateur tourner.

Intéressant, me dis-je. Il veut dormir avec moi, mais ne me fait pas confiance au point de me laisser seule avec les fichiers de son père. Malin, ce garçon.

Dès qu’il est sorti, je verrouille la porte et retourne en toute hâte à l’ordinateur. J’entre le mot de passe et rappelle la liste des fichiers à l’écran.

Je peux lire beaucoup plus vite qu’aucun mortel ne saurait le faire et j’ai une mémoire photographique. Cependant, je suis loin de lire aussi vite qu’un ordinateur moderne met de temps à copier. Depuis l’autre nuit, je sais que M. Riley a dans son bureau une boîte de disquettes formatées, trois pouces et demie haute densité. J’en sors deux du tiroir et en glisse une dans l’ordinateur. Je connais bien le traitement de texte utilisé. J’appelle la routine de copie de fichier. M. Riley avait amassé beaucoup d’informations sur moi ; ALISA PERNE est un gros fichier. J’estime, vu le matériel que j’utilise, qu’il va me falloir cinq minutes pour copier le fichier sur les deux disquettes. Ray sera revenu avant. Pendant que la copie se fait, je retourne à l’entrée et examine la serrure. J’entends Ray descendre l’escalier. Il chantonne. Il ne croit pas à mon histoire.

Je décide de bloquer la serrure. Je vais chercher deux trombones dans le bureau de Riley et, après leur avoir donné la forme adéquate, les glisse dans la gorge de la serrure. La première disquette finit de se remplir lorsque Ray revient de sa brève inspection. J’insère la seconde disquette.

— Sita, appelle-t-il. C’est moi. Il n’y a personne.

Je lui réponds depuis le bureau du fond.

— Tu veux que je t’ouvre la porte ? Je l’ai verrouillée, comme tu m’avais dit.

— Ça ne fait rien, j’ai la clé. (Il introduit la clé dans la serrure, mais la porte ne s’ouvre pas.) Sita, elle ne veut pas s’ouvrir. As-tu mis le loquet ?

Je marche lentement vers la porte pour qu’il entende ma voix se rapprocher, après avoir toutefois pris soin de tourner le moniteur pour garder un œil sur l’écran. Les octets s’accumulent rapidement, comme, je présume, les soupçons dans la tête du garçon.

— Il n’y a pas de loquet, dis-je. Essaie encore la clé.

Il essaie plusieurs fois.

— Ouvre-moi la porte.

Je feins de me démener comme un beau diable.

— C’est bloqué, dis-je.

— Ça s’est ouvert il y a quelques minutes.

— Ray, je te dis que c’est bloqué.

— La gâchette est-elle tournée ?

— Oui.

— Tourne-la de l’autre côté.

— Je n’y arrive pas. Est-ce que je vais être coincée ici toute la nuit ?

— Non. Il doit y avoir une solution simple. (Il réfléchit un moment.) Regarde dans le bureau de mon père. Vois si tu peux trouver une pince.

Je suis ravie de revenir dans le bureau. Dans une minute, je vais devoir enlever la seconde disquette et fermer les fichiers. J’ouvre et referme les tiroirs en attendant que la copie se termine. Quand c’est fait, j’entre dans le fichier, parcours rapidement la première page, puis surligne tout le reste – qui fait plusieurs centaines de pages – et l’efface. Désormais, le fichier ALISA PERNE ne comprend que la première page, qui ne contient rien d’une importance vitale. Je reviens à l’écran qui me demande le mot de passe. Je mets les deux disquettes dans ma poche de derrière. Retournant à grands pas à la porte, je sors les trombones et les fourre eux aussi dans ma poche arrière. J’ouvre la porte.

— Que s’est-il passé ? demande-t-il.

— Ça vient juste de se débloquer.

— C’est bizarre.

— Es-tu sûr qu’il n’y a personne dehors ?

— Je n’ai vu personne. Je bâille.

— Je commence à être fatiguée, dis-je.

— Tu étais pleine d’énergie il y a quelques minutes. Tu veux que je te ramène ? Je peux revenir après pour regarder le fichier.

— Autant le faire pendant que tu es sur place. Ray retourne à l’ordinateur. Je traîne à la réception. J’entends Ray pousser un cri de stupéfaction. Je jette un coup d’œil par la porte.

— Qu’y a-t-il ? je demande.

— Ce fichier. Il ne contient pas grand-chose.

— Est-ce qu’il dit qui est Alisa Perne ?

— Pas vraiment. Il donne juste quelques vagues informations sur l’individu qui a contacté mon père pour qu’il enquête sur elle.

— Ça devrait être utile.

— Non, parce que même ça, c’est coupé au milieu de la phrase. (Le garçon fronce les sourcils.) C’est plutôt curieux que mon père ait fait un fichier comme ça. Je me demande si on n’y a pas touché. J’aurais juré…

Il tourne la tête vers moi.

— Quoi ? dis-je.

Il revient sur l’écran.

— Rien, répond-il.

— Non, Ray, dis-moi. Tu aurais juré quoi ?

Ce qui m’inquiète, c’est qu’il ait pu noter la grosseur qu’avait le fichier quand il a démarré l’ordinateur. C’est sûr qu’il est beaucoup plus petit à présent. Ray secoue la tête et répond :

Je ne sais pas. Je suis fatigué moi aussi. Je regarderai ce machin demain. (Il sort des fichiers et éteint la machine.) Partons d’ici.

— O.K.

 

*

* *

 

Une demi-heure après, je suis à la maison, ma vraie maison, la résidence sur la colline qui donne sur l’océan. Je suis venue avec les disquettes parce que j’ai besoin de mon ordinateur. Le baiser que j’ai donné à Ray pour lui souhaiter bonne nuit a été bref. J’avais du mal à lire ses émotions. Il est clair qu’il a des soupçons sur moi, mais ce n’est pas là le sentiment qui domine chez lui. Il y a autre chose, comme un mélange de peur, d’attachement et de plaisir. Très étrange. Mais il est inquiet pour son père, plus qu’il ne l’était avant qu’on passe au bureau.

Avec tous les ordinateurs que j’ai à la maison, je n’ai aucun problème pour charger le fichier ALISA PERNE. Un bref coup d’œil sur l’écran m’indique que cela faisait à peu près trois mois que M. Riley enquêtait sur moi avant de me convoquer à son bureau. Les informations qu’il a dénichées me concernant sont émaillées de notes et commentaires personnels sur sa correspondance avec un dénommé « M. Slim ». Il y a un numéro de fax pour ce Slim, mais pas de numéro de téléphone. C’est le numéro d’un bureau en Suisse. Après l’avoir mémorisé, je défile le fichier en y accordant davantage d’attention. La note à propos du premier contact qu’a eu Riley avec M. Slim est plutôt intéressante. Par contre, je ne trouve nulle part des copies des fax envoyés par le mystérieux correspondant, seulement des commentaires sur eux.

 

8 août

Ce matin, j’ai reçu un fax d’un monsieur répondant au nom de M. Slim. Il se présente comme étant avocat, au service de divers clients européens fortunés. Il veut que j’enquête sur une jeune femme nommée Alisa Perne, qui réside ici à Mayfair. Il a peu de renseignements sur la femme ; j’ai l’impression qu’elle n’est qu’une des nombreuses personnes sur lesquelles lui ou son groupe mènent des investigations. Il a également fait allusion à une ou deux autres femmes vivant dans la région sur lesquelles il pourrait éventuellement me demander d’obtenir des renseignements. Mais sans citer leurs noms. Il s’intéresse en particulier à la situation financière de Mlle Perne, à sa situation familiale, et il veut aussi savoir – et voilà qui est surprenant – s’il n’y aurait pas une de ses fréquentations qui serait morte de mort violente récemment. Quand, dans mon fax en retour, je lui ai demandé si cette femme était dangereuse, il a indiqué qu’elle était bien plus dangereuse qu’elle ne paraissait, et que je devais éviter de la contacter quelles que soient les circonstances. Il a ajouté qu’elle paraît avoir seulement dans les dix-huit, vingt ans.

Tout ça excite ma curiosité, surtout depuis que M. Slim a proposé de déposer dix mille dollars sur mon compte pour que je me lance dans mon enquête. Je lui ai déjà faxé que j’allais m’occuper de l’affaire. J’ai l’adresse de la jeune femme et son numéro de Sécurité sociale. Je n’ai pas de photo, mais j’ai l’intention d’en prendre une pour mes dossiers, même si on m’a prévenu de garder mes distances. Comment pourrait-on être dangereux à cet âge ?

Suit un compte rendu des premiers éléments d’enquête que Riley a réunis à mon sujet. Il semblerait qu’il ait eu un contact au Bureau d’Informations de Crédit T.R.W., contact qui lui aurait donné accès à des renseignements d’ordinaire non disponibles pour le commun des détectives privés. J’ai dans l’idée que M. Slim était au courant pour ce contact et que c’est pour cette raison qu’il a engagé Riley. Presque tout de suite, Riley a découvert que j’étais riche et qu’apparemment je n’avais pas de famille. Plus il en apprenait sur mon compte, plus grandissait son désir de poursuivre ses investigations, et moins il transmettait d’informations à M. Slim. À un moment donné, Riley a pris ce qu’il considérait comme étant une décision majeure : utiliser un contact à la Bourse de New York. En sollicitant cet homme, il usait d’une grande faveur. Mais je suppose qu’il pensait que j’en valais la peine.

 

21 sept.

Mlle Perne a poussé les choses à l’extrême pour cacher ses avoirs financiers, et pas seulement au fisc. Elle détient de nombreux comptes chez diverses maisons de courtage établies sous différentes sociétés, dont certaines enregistrées à l’étranger. Il semble toutefois que leurs activités soient coordonnées par un seul et unique cabinet d’affaires à New York, Benson & Sons. Me présentant comme un riche investisseur, j’ai essayé de contacter le cabinet directement, mais ils ont repoussé mes demandes de renseignements, ce qui me laisse à penser qu’ils gèrent le compte de Perne et c’est tout. Si cela est vrai, voilà un autre aperçu de la fortune de cette femme, car les investissements détenus par Benson & Sons tournent autour du demi-milliard de dollars.

J’ai fini tout de même par la voir – la fille – et elle est aussi jeune que le dit M. Slim et très séduisante. Mais son âge m’intrigue. Je me demande si elle n’aurait pas quelque part une mère qui porterait le même nom. Parce qu’un grand nombre de ses opérations financières remontent à deux décennies et qu’elles peuvent toutes être imputées au nom d’Alisa Perne. J’ai très envie de la rencontrer en personne, malgré l’avertissement de M. Slim.

 

M. Slim n’est pas content de moi, et le sentiment est réciproque. Il a l’impression que je lui ai caché des informations, ce qui est vrai. Mais il a fait la même chose avec moi. Il refuse toujours de me dire la raison de son intérêt envers la jeune dame, quoique je puisse imaginer plusieurs scénarios possibles. En tout cas, la remarque qu’il a faite au départ, à propos du danger qu’elle est censée représenter, ne cesse de me revenir à l’esprit. Qui est Alisa Perne ? À l’évidence, une des personnes les plus riches du monde. Mais d’où tient-elle cette fortune ? De menées criminelles ? De sa famille inexistante ? Je dois, avant d’abandonner cette affaire, lui poser ces questions moi-même.

Je me suis dit que certes M. Slim me payait bien, mais qu’Alisa Perne pourrait vouloir me payer davantage. Je vois déjà, cependant, qu’il serait peu judicieux de laisser savoir à M. Slim que j’ai agi derrière son dos. Il y a une certaine cruauté dans le ton de ses fax. Je ne crois pas vouloir jamais rencontrer cet homme. Alors que je me découvre brûlant d’impatience de parler à Alisa.

Fin septembre, et voilà qu’il m’appelle par mon prénom. Néanmoins, ce n’est pas avant novembre qu’il me contactera. Qu’a-t-il fait durant tout ce temps ? Poursuivant ma lecture, j’apprends qu’il a enquêté sur mes transactions internationales. Il a découvert que j’avais des biens en Europe et en Asie, et des passeports français et indien. Comme de juste, ce dernier fait a été pour lui une révélation. Parce qu’il apparaissait, précisément, que je détenais ces passeports depuis plus de trente ans. Pas étonnant qu’il se soit tellement empressé de nie demander mon âge.

Tout de même, il a fini par dénicher un acte criminel relié à mon passé. Cinq ans plus tôt à Los Angeles. Le meurtre crapuleux d’un dénommé Samuel Barber. L’homme avait été mon jardinier, c’est moi qui l’ai tué, bien sûr, parce qu’il avait lu mauvaise habitude de regarder par mes fenêtres. Il avait vu des choses dont je n’avais pas envie qu’elles s’ébruitent.

 

 

 

25 oct.

Selon le rapport de police, l’homme travaillait pour elle depuis trois ans. Puis un matin, on le trouva flottant sur le ventre dans l’océan, pas loin de la jetée de Santa Monica. On lui avait tranché la gorge. Le coroner, à qui j’ai parlé personnellement, n’a jamais pu déterminer quel type d’arme on avait utilisé. La dernière personne à avoir vu l’homme vivant était Mlle Perne.

Je ne pense pas qu’elle l’ait tué. J’aime à croire que non. Au fil de mon enquête, j’en suis venu à admirer sa ruse et sa finesse. Mais peut-être cet homme a-t-il appris des choses à son sujet qu’elle ne voulait pas voir révélées, et elle l’a fait assassiner. Assurément, elle a les moyens d’engager qui lui plaît. Quand je la rencontrerai, il faut que je lui parle de son jardinier. Voilà encore une chose que je vais pouvoir monnayer. D’ailleurs, j’ai décidé que j’allais bientôt la rencontrer. J’ai rompu tout contact avec M. Slim. Dans mon dernier fax, je lui ai dit que j’étais incapable de vérifier aucune de mes précédentes allégations concernant la fortune personnelle de Mlle Perne. Depuis, j’ai changé mon numéro de fax, et je ne sais donc pas si M. Slim a essayé d’entrer à nouveau en contact avec moi. J’imagine qu’il n’est pas très content, mais ce n’est pas ça qui va m’empêcher de dormir.

Combien devrais-je demander à Mlle Perne ? Un million, voilà qui fait un beau chiffre rond. Je ne doute pas qu’elle paie pour obtenir mon silence. Ce que je vais pouvoir faire avec tout cet argent. Quoique, à la vérité, je ne croie pas que j’y toucherai. J’en ferai cadeau à Ray quand il sera assez vieux.

Je vais me munir d’une arme pour notre rencontre, juste au cas où. Mais je ne suis pas inquiet.

C’était sa dernière note. J’ai bien fait d’effacer le fichier. Ce genre d’informations dans les mains de la police, finie la tranquillité. Je pense à quelque chose : ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée d’incendier tout l’immeuble. Ce ne serait pas difficile à combiner. Cependant, un tel acte pourrait avoir pour effet d’attirer l’attention de M. Slim sur la paisible localité de Mayfair. Sur la jeune et jolie Alisa Perne.

Tout de même, M. Riley s’est montré stupide en pensant que M. Slim allait cesser de le surveiller rien que parce qu’il avait changé son numéro de fax. Je suis certaine que Slim l’a toujours eu à l’œil, et à présent que le détective a disparu, il se pourrait même que Slim et compagnie fussent dans le voisinage. Ce Slim a manifestement beaucoup d’argent à sa disposition, et donc beaucoup de pouvoir.

Néanmoins, je suis sûre de mon propre pouvoir, et il me déplaît d’avoir dans mon ombre cette personne invisible. J’ai en mémoire le numéro du fax en Suisse, et je songe à ce que je vais dire à cet individu si jamais je devais le rencontrer face à face. Je sais que le message serait court parce que je ne pense pas le laisser vivre longtemps.

Mais je n’oublie pas que Slim sait combien je suis dangereuse.

Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il sait que je suis un vampire, mais il faut quand même que je me méfie.

Je me tourne vers mon fax et presse le bouton de mise en marche.

 

Cher monsieur Slim,

Je suis Alisa Perne. Je crois comprendre que vous avez engagé un certain M. Michael Riley pour enquêter sur moi. Je sais que vous n’avez pas eu de ses nouvelles depuis quelque temps j’ignore ce qui a pu lui arriver – aussi ai-je pensé devoir vous contacter directement. Je suis prête à vous rencontrer, monsieur Slim, en personne, pour discuter de ce qui vous préoccupe.

Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux.

Alisa

Je joins mon numéro de fax personnel et envoie le message. Puis j’attends.

Je n’ai pas à attendre longtemps. Dix minutes après, un fax bref, et des plus explicites, se déroule sur ma machine.

Chère Alisa,

Où aimeriez-vous qu’on se voie et quand ? Je suis disponible ce soir.

Bien à vous.

M. Slim

 

Oui, me dis-je en lisant le message, Slim et compagnie ne sont sans doute pas loin, malgré ce que laisserait supposer le numéro en Suisse. J’imagine que le message est d’abord allé en Europe, puis a été renvoyé ici. Tout près. Je tape ma réponse.

Cher monsieur Slim,

Retrouvez-moi au bout de la jetée de Water Cove dans une heure. Venez seul. D’accord ?

Et dix minutes plus tard…

Chère Alisa, C’est d’accord.

 

La Promesse
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